Chapitre I. – Le complexe

Je n’aimerais pas user ce mot jusqu’à ce qu’il perde de sa puissance puis… de son sens. À la façon d’une chanson matraquée à la radio ou d’un autodiagnostic de maladie mentale posé par des gens qui n’en ont pas les compétences.

Le complexe est une vague qui nous emporte, un courant contre lequel on ne peut que très difficilement lutter. Il faut déployer une énergie fantastique pour rester à la surface, c’est éreintant. La situation ne tolère aucun repos, le complexe obsède, abîme et fatigue. Le Sterimar m’inspire très certainement ces représentations maritimes.

Il était pour moi une évidence, « le nez au milieu de la figure ».
D’ailleurs, j’ai souvent pris les devants en en parlant, en m’excusant… donnant une importance démesurée – aux yeux des autres – à cette complication… Souvent, alors que personne ne m’avait rien demandé.
Il me paraissait évident que tout le monde l’avait remarqué. Oui, comment pouvait-on passer à côté de ce qui était pour moi une obsession de chaque instant ? Je m’excusais d’exister telle que j’étais. J’avais honte, je me sentais responsable. Pour moi, c’était tout comme si je me présentais au monde avec les ongles très sales, des vêtements tachés de gras ou des poux. Je sentais (ou j’imaginais, parfois) des regards pesants et j’avais comme l’obligation de devoir fournir des explications.

Ce « défaut hypertrophié » obsède, prend des proportions gigantesques jusqu’à s’exprimer physiquement. Assise à côté de quelqu’un qui risquait fortement de me voir ou de me regarder de profil, je devenais malade. Cela s’exprimait par des frissons ou des suées. Je sentais comme un filme de honte se poser sur moi et se coller à chaque centimètre de ma peau, allant même jusqu’à boucher mes voies respiratoires et m’étouffer. J’étais mal à l’aise comme le jour de sixème où j’ai dû, pour la première fois, chanter devant mes camarades en cours de musique.

– Ton nez ne me gêne pas outre mesure.

– Bien sûr, il est au milieu de mon visage, pas du tien.

« Le complexe est défini comme un ensemble de représentations et de souvenirs à forte valeur affective, partiellement ou totalement inconscients. » 

L’histoire du complexe des uns repose sur un passif que les autres n’ont pas.

De fait, quiconque n’étant pas directement concerné peut tout au mieux essayer de comprendre. On ne juge pas du complexe de l’autre.

Pour certains une montre est un objet qui donne l’heure, pour d’autres, il s’agit d’un héritage précieux ayant appartenu à quelqu’un de cher alors disparu.