« Pour imaginer l’altération chez l’autre, il faut la porter en soi »

On ne peut plus débattre, cela s’appelle « se prendre la tête ».
On ne peut plus vouloir discuter sans se voir opposer « chacun fait ce qui lui plaît ».
On ne peut plus évoquer un souvenir triste ou traumatique sans recevoir « passe à autre chose ». 

En conclusion, parler de soi n’intéresse pas l’autre, essayer de comprendre et analyser nos expériences non plus. Il faut réfléchir, écrire, parler, penser sa formulation, c’est compliqué, ça fatigue, ça n’est pas le moment, le lieu… 

Quel paradoxe pour une humanité qui se revendique bienveillante que de se fermer à l’autre, quel paradoxe pour une société qui se revendique ouverte que de se mettre les mains devant les oreilles quand elle serait susceptible de s’enrichir de nouveaux points de vue ou arguments. 

Aujourd’hui, partager son désaccord est perçu comme une agression. On ne peut développer sans être soupçonné d’ergoter. 

Cela se traduit par de suspicieux « Mais où veux-tu en venir ? », «  Tu cherches à te fâcher ? » puis, la fuite.
J’aimerais souligner le vice de ce prêt d’intention ;  pour imaginer l’altération chez l’autre, il faut la porter en soi. 

Alors que l’on traite les choses avec sérieux, on nous reprochera notre «  façon de le dire ».
Leurs assertions sèches et leur opposition au dialogue ne sont-ils pas bien plus violents ? « J’ouvre une porte pour mieux te la claquer à la figure. »

Avancer des arguments nombreux et détaillés, c’est donner une prise à l’interlocuteur, de la matière afin qu’il rebondisse, enseigne et c’est souvent, à tort, associé à une volonté de convaincre l’autre à tout prix. 

Qu’il est facile de poser publiquement son affirmation et n’admettre aucune remarque.
Qu’il est facile d’affirmer des choses de façon péremptoire  puis de s’en laver les mains pour ensuite taxer ceux qui les relèveront d’obstinés.

MHE – My Humble Experience

Dans le cadre de la situation évoquée plus haut, j’hérite souvent deconseils génériques qui tentent de palier le manque d’arguments «  Pourquoi tu t’obstines ? », « Passe à autre chose ! ».
Outre ma frustration face à l’absence de réponse, je ressens une grande exaspération à la lecture de ces grossiers twists hors de propos. J’admets de façon honnête ressentir le vilain sentiment de frustration, cela n’est pas un trait de caractère (aveu de franchise non de faiblesse). 

Je cherche le dialogue, pas un gourou, pas des conseils que je pourrais facilement lire sur des étiquettes de sachets de thé.

Le paradoxe
Je ne peux m’empêcher de déconsidérer les « bons conseils » de ceux qui ont une propension à les donner.  Ceux qui s’auto-proclament bienveillants, dans l’affirmation de soi, se posent en icônes (en se gardant de l’avouer) et qui, le soir venu s’abrutissent à la drogue et entament leur 11 ème année de thérapie. Je vais mieux, merci. 

Ne fuyez pas devant la pensée.